19.06.2007
Qui est le moteur du couple?
hez les Hollande & Royal, on sait s'amuser. «Alors... ça, c'est du zizi de crapaud. Et ça, du zizi de serpent.» La famille est à table. Penché sur l'assiette de sa dernière fille, François Hollande commente le menu; en face, deux grands garçons pouffent de rire. Ce reportage a été diffusé le 30 mars dernier dans Vivement dimanche, l'émission de Michel Drucker. Pour la première fois, ce jour-là, le couple s'est exposé en direct à la télévision, habile mélange de naturel et de mise en scène, exemple unique, à gauche, de fonctionnement conjugal public.
Il n'y a pas si longtemps que ces deux-là s'affichent ensemble. Les temps changent: Cécilia Sarkozy, femme de Nicolas, a élevé l'amour hyménéal au rang d'argumentaire politique; il est désormais de bon ton d'être une «moitié» idéale, épouse attentionnée, efficace seconde du pouvoir exercé. Certes, Ségolène Royal n'a jamais «marié» François Hollande. Mais elle s'est adaptée sans autre difficulté, après avoir monopolisé l'attention des médias. Ministre de l'Environnement du gouvernement de Pierre Bérégovoy, en 1992, elle excellait déjà à faire parler d'elle, jusqu'à poser pour le photographe de Paris Match sur son lit de maternité, quelques heures à peine après avoir mis au monde sa benjamine. Plus tard, ses combats l'emportent sur son ego: sa capacité à incarner la lutte contre le bizutage, la violence à la télévision ou la pornographie lui valent la reconnaissance de l'opinion.
Ils sont ambitieux tous les deux et aussi peu collectifs l'un que l'autre
Ségolène reste l'une des femmes politiques les plus populaires. Et pourtant... Elle est loin, l'époque où François Hollande, simple député de Corrèze, supportait les «Bonjour, monsieur Royal!» des jours de garden-party dans les jardins de l'Elysée. C'était en 1993: non seulement «Ségo», comme l'appelaient les socialistes, échappait alors à la Berezina législative, mais encore était-elle la députée de l'opposition la mieux réélue; François Hollande, lui, ne résista pas à la «vague bleue». Quelques semaines auparavant, interrogé par la journaliste Ruth Elkrief sur l'éventualité de l'échec électoral de l'un face au succès de l'autre, il répondait: «Cela facilitera sans doute l'organisation, mais pas l'affectif!»
Sans doute parlait-il... pour elle. Car le premier secrétaire du PS est homme de compromis; rien ne l'ennuie tant que le conflit. Au point qu'elle s'en agace parfois, elle qu'un caractère souvent plus autoritaire que volontaire a conduit à se présenter - et à échouer - face au candidat sortant socialiste aux municipales de 1995, à Niort. Ils sont ambitieux tous les deux et aussi peu collectifs l'un que l'autre, même s'ils le sont de manière fort différente - Ségolène Royal est forte d'un culot que lui envie Hollande. Au cœur de l'hiver 1996, c'est elle qui annonce à Jospin l'éviction de «François» de la Cour des comptes: Pierre Joxe juge en effet incompatible la fonction de porte-parole du parti avec l'investissement que l'Etat est en droit d'attendre d'un conseiller référendaire. Hollande, à l'époque, n'en dit pas un mot au n° 1 du parti. C'est sa compagne qui s'en inquiète auprès de Jospin, lequel accepte, afin de pallier la perte d'un salaire pour la famille, que François Hollande travaille dans un cabinet d'avocats.
Devenu premier secrétaire, Hollande, en revanche, n'a jamais joué les go between. Ainsi, c'est encore directement avec Lionel Jospin, devenu Premier ministre en juin 1997, que Ségolène Royal négocie l'abandon de sa candidature à la présidence de l'Assemblée nationale face à Laurent Fabius. Elle accepte d'être ministre à l'Enseignement scolaire, elle qui trouvait pourtant que «c'était au tour de François d'entrer au gouvernement». Plus tard, aux heures les plus dures de la tutelle de Claude Allègre, Hollande avouera lui-même à son entourage: «Je suis le moins bien placé pour intervenir en faveur de Ségolène.»
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